Une concurrence chinoise de plus en plus déséquilibrée
La filière automobile européenne fait face à une offensive industrielle chinoise structurée, soutenue par des politiques publiques puissantes. Si la balance commerciale européenne des voitures neuves avec la Chine est devenue négative pour la première fois en 2025, la situation se détériore encore plus rapidement pour les pièces automobiles, sous l’effet de la sinisation croissante des approvisionnements des constructeurs.
À court terme, le désourcing de fournisseurs historiques européens peut améliorer certaines marges. Mais à moyen et long terme, il entraîne une érosion progressive de l’ensemble de la chaîne de valeur, y compris de l’ingénierie, de la R&D et des capacités d’innovation.
Les équipementiers et fournisseurs européens ont pourtant démontré leur capacité d’adaptation, d’innovation et de performance industrielle, figurant parmi les acteurs les plus productifs au monde. Affaiblir ce tissu industriel revient à fragiliser un modèle d’excellence.
Le contenu local européen : un filet de sécurité industriel
La tribune défend l’instauration de seuils réalistes de contenu local européen – 80 % pour les véhicules et 70 % en moyenne pour les pièces – correspondant aux niveaux actuels de production en Europe.
L’objectif n’est pas de pénaliser les constructeurs, mais de préserver l’existant, d’empêcher la poursuite du désourcing vers des acteurs massivement subventionnés, et de garantir un cadre de concurrence équitable.
À l’échelle mondiale, le contenu local est un levier largement utilisé : aux États-Unis, des exigences strictes ont favorisé l’explosion des investissements industriels ; en Chine, les politiques de contenu local ont permis l’émergence d’un leadership mondial, notamment dans le véhicule électrique. Entre 2009 et 2024, plus de 5 300 politiques de contenu local ont été mises en œuvre dans 57 pays, contre moins de 1 % en Europe.
Une première étape, nécessaire mais insuffisante
La préférence européenne ne constitue pas une solution unique. Elle doit s’inscrire dans une stratégie industrielle globale, intégrant :
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l’accès aux financements,
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le coût de l’énergie,
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le coût du travail,
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la fiscalité,
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la simplification administrative.
Constructeurs et équipementiers ont un intérêt commun à défendre une vision industrielle cohérente, visant à restaurer la compétitivité de la filière européenne dans son ensemble, et de la France en particulier.
Préserver la souveraineté industrielle européenne
L’enjeu dépasse largement la seule filière automobile : il concerne la souveraineté industrielle européenne, l’emploi, la vitalité des territoires, la capacité à financer l’innovation, la recherche, l’éducation et le modèle social.
Comme le souligne la tribune, l’Europe a inventé l’automobile. Elle ne doit pas devenir victime de sa réinvention.
